Eléments de choix durable

Synthèse des éléments de choix durable

Les tableaux ci-dessous synthétisent par dispositif les différents éléments du choix durable. Pour chacun de ceux-ci, un symbole indique la pertinence relative de chacun des arguments. Dans la mesure où les éléments du choix durable alimentent la réflexion quant à la durabilité du projet, il s'agit bien d'une simple indication, qui de plus doit être interprétée dans chaque situation particulière.

Les isolants en vrac Les isolants souples Les isolants semi-rigides Les isolants rigides Les isolants projetés

A base de matière première

MinVegPCh MinVeg AniMinVegAniMinVegPChVegPCh
Aspects environnementaux
Contenu recyclé✓✓✗✗✓✓✗✗✓✓✗✗✓✓✗✗✓✓✗✗
ààààà
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Recours aux sous-produits issus d'autres procédés de fabrication ou activités✗✗ ✓✓ ✓✓ ✗✗ ✗✗
Aspects économiques
Coût des matériaux et de leur mise en oeuvre✓✓✓✓✓✓✓✓✓✓
ààà
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Facilité de remplacement

Dépend du mode de fixation et de la position de l'isolant au sein de l'élément de construction

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Aspects socio-culturels
Risques sanitaires✗✗✗✗
Auto-construction✓✓✓✓✓✓✓✓✗✗
àà
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A base de matière première:
Ani: Animal / Min: Minéral / Veg: Végétal / PCh: Pétrochimie

✓✓ : Impact positif important✓ : Impact positif moyen
✗✗ : Impact négatif important✗ : Impact négatif moyen

Aspects techniques

Les supports irréguliers

En présence d'éléments ou supports dont la surface n'est pas plane, l'utilisation d'isolants thermiques sous forme rigide peut poser problème. Si le contact entre l'isolant thermique et le support / l'élément n'est pas continu sur toute la surface, cela peut impacter la bonne performance thermique globale de l'élément d'enveloppe (exemple : panneaux rigides insérés entre les éléments d'une charpente en bois avec fentes entre l'isolant et les éléments en bois) ou générer de la condensation interne (exemple : panneaux d'isolation n'épousant, de par une trop grand rigidité, pas parfaitement un mur en briques à surface irrégulière, que ce soit en raison des briques elles-mêmes ou de la présence d'amas de mortier).

La contrainte de l'espace disponible

Particulièrement en rénovation, l'épaisseur disponible pour la pose d'un isolant thermique peut être limitée (ex. alignement de façade côté rue, hauteur d'acrotère d'une toiture plate,…). Dans ce cas, un objectif de performance énergétique élevée (de la paroi, ou de l'enveloppe du bâtiment dans son ensemble) peut limiter la palette de choix. Dans de tels cas, les isolants thermiques dont la valeur de conductivité thermique est la plus petite sont privilégiés. Si certains produits appartenant à cette catégorie présentent des impacts environnementaux peu encourageants, il existe néanmoins des produits alliant excellente performance en termes de pouvoir isolant à un impact environnemental réduit.

L'encodage PEB des isolants thermiques

La base de données matériaux liée au logiciel PEB (voir http://www.epbd.be) reprend les valeurs lambda certifiées (sur base de la norme produit applicable ou d'un agrément technique) d'un grand nombre d'isolants thermiques. Lorsque le produit spécifique choisi n'y figure pas, l'utilisateur du logiciel PEB est tenu de se référer aux valeurs par défaut reprises dans l'annexe VII de la règlementation.

A l'heure actuelle, certains types de produits d'isolation thermique ne sont pas encore repris dans ces listings. Dans le cas où l'isolant thermique de votre choix ne figure pas dans la base de données PEB mais bien dans l'annexe VII, il se verra doté d'une valeur par défaut qui ne reflète pas nécessairement sa performance réelle. Et si le produit n'est repris ni dans la base de données PEB, ni dans l'annexe VII, vous ne pourrez pas le faire valoir. Il est donc prudent de vérifier si le produit en question est pris en compte dans au moins une de ces deux sources de référence.

Le comportement à l'humidité

Selon son application, un isolant thermique peut être amené à être intégré dans un complexe au sein duquel une résistante élevée à l'humidité est indispensable (exemple : isolation par l'extérieur d'un mur contre terre, isolation sous dalle sur pleine terre). Cette résistance peut être offerte par le matériau lui-même (dans ce cas, sa résistance à l'humidité est attestée dans le fiche technique produit et garantie par le fabricant), ou assurée par l'addition d'une couche de protection extérieure supplémentaire (ex. une membrane).

Performance acoustique

Les isolants thermiques peuvent également jouer un rôle intéressant sur le plan de l'acoustique. Selon le type d'élément ou de paroi au sein duquel ils sont installés, cette contribution peut s'avérer essentielle (ex. murs mitoyens dédoublés, dalles/planchers entre étages…) tant sur le plan de la transmission des bruits aériens que des bruits d'impact. Bien entendu, le seul choix d'un isolant thermique performant également sur le plan de l'acoustique ne saura garantir une bonne atténuation de la transmission des bruits : l'ensemble du complexe (de dalle, de façade, de toiture, de plancher) doit être conçu en fonction, et les choix techniques en termes d'assemblage sont un facteur déterminant. Voir le dossier Assurer le confort acoustique pour des informations détaillées à ce sujet.

➩ Déterminer les performances attendue l'isolant thermique (et de la paroi dont il fait partie intégrante)

Aspects environnementaux

Les idées préconçues à l'égard des isolants thermiques à base de matières renouvelables

En regard de l'enjeu majeur de l'épuisement des ressources (voir dossier Problématique et enjeux d'une utilisation durable de la matière ), il est conseillé d'envisager le recours à des produits et matériaux fabriqués à base de matières premières renouvelables. Malgré certains préjugés à l'égard des matériaux renouvelables – dont il n'est pas rare d'entendre qu'on craint leur tenue dans le temps, ces produits ont dans de nombreux cas fait leurs preuves depuis longtemps, et constituent une option pertinente sur le plan du développement durable. Il conviendra bien entendu de s'assurer qu'ils proviennent d'exploitations durables.

Conductibilité thermique des isolants

Les isolants naturels issus de matières premières minérales, végétales ou animales présentent une conductibilité thermique plus importante que des isolants synthétiques issus de ressources pétrochimiques. Ainsi, pour obtenir une performance thermique de paroi équivalente, on aura généralement une petite épaisseur supplémentaire lorsque l'on utilise des isolants naturels. Néanmoins en fonction des isolants, cette différence est parfois minime, comme le montre le tableau comparatif ci-dessous.

Conductibilité thermique λ {[W/(m.K)] (selon la documentation)
0.020.030.040.050.060.070.080.090.100.11
Polystyrène extrudé 0,027 à 0,034
Polystyrène expansé 0,028 à 0,04
Polyuréthane 0,024 à
0,029
Laine de verre0,035 à 0,04
Laine de roche0,035 à 0,04
Cellulose en vrac ou en panneaux0,035 à 0,04
Rouleaux de textile recyclés Laine de mouton0,035 à 0,045
Bois feutré ( panneaux mous ou panneaux mi-durs)0,042 à 0.07
Chanvre ou laine de chanvre0,039 à 0,08
Argile expansée0,103 à 0,108

La recyclabilité des produits

Les fixations par collage empêchent grandement le tri des déchets de construction en fractions nettes, et impactent ainsi l'optimisation des scénarios de fin de vie, dont le recyclage. Les fixations mécaniques permettent de démonter l'isolant thermique, et les applications en vrac, à condition que l'isolant soit facilement accessible (ce qui peut être impossible dans certains cas de figure, comme dans le cas d'une isolation sous dalle de sol, ou en raison de l'assemblage des autres éléments voisins de l'isolant).

La recyclabilité effective est avant tout une donnée évolutive : ce qui n'est pas recyclé aujourd'hui pourrait l'être à l'avenir, et inversement (voir dossier Problématique et enjeux d'une utilisation durable de la matière ). D'autre part, « recyclable » ne signifie pas par définition que le produit pourra être recyclé en réintégrant le cycle de production du produit originel. Il s'agit le plus souvent de « downcycling » : le matériau devient alors une composante d'un nouveau produit, moins noble. Il convient donc de viser une recyclabilité effective : celle qui permet au produit de réintégrer la boucle de la matière (voir dossier Cycle de vie de la matière : analyse, sources d'information et outils d'aide au choix ) de la fabrication de l'isolant thermique.

Contenu recyclé

A défaut de pouvoir affirmer avec certitude qu'un matériau isolant (tout comme tout autre produit de construction) sera effectivement recyclé lorsqu'il atteint sa fin de vie au sein de l'élément du bâtiment dont il fait partie, il est recommandé de recourir à des produits contenant des matières recyclées. Il n'est pas toujours aisé d'obtenir des données précises auprès des fabricants : s'ils peuvent renseigner le fait qu'un produit comprend des matières recyclées, il est moins évident d'obtenir les données chiffrées précises par rapport au pourcentage.

Le recours aux sous-produits d'autres procédés de fabrication ou activités

S'il n'est pas possible pour certains matériaux isolants de recourir à des matières premières issues du recyclage (absence de filière ou impossibilité technique), les isolants appelant comme matière première des sous-produits issus d'autres procédés constituent une option intéressante. A titre d'exemple, la fibre de bois est produite à base de déchets de l'industrie du bois (notamment de scieries) et la laine de mouton peut être un produit secondaire lié à l'élevage alimentaire (il est conseillé de vérifier que c'est bien le cas).

Aspects économiques

Coût des matériaux et de leur mise en œuvre

Comme pour tout autre matériau de construction, les prix des isolants thermiques disponibles sur le marché varient selon le produit. Le simple prix à l'achat ou à la fourniture ne constitue pas une référence financière valable : le coût de la mise en œuvre doit également être pris en considération. Celui-ci peut s'avérer, dans certains cas, onéreux, notamment lorsqu'un recours à des outils ou des produits de pose spécifiques est requis. Il se peut également que l'entreprise avance un prix de pose qui ne résulte pas d'une difficulté technique particulière ou d'un temps de pose élevé, mais qui peut refléter le simple fait qu'elle n'est pas habituée à travailler le matériau en question. Une information précise quant à la technicité de la mise en œuvre du produit, notamment dans le dossier de soumission, permet de lever une partie de ces interrogations.

Facilité de remplacement

Il est intéressant d'envisager le remplacement à terme d'un isolant thermique, notamment lorsque le renforcement de l'isolation de l'enveloppe d'un bâtiment est souhaité. Lorsque le matériau isolant est facilement accessible (ces aspects sont étroitement liés au mode d'assemblage des éléments au sein desquels les isolants sont intégrés), il peut être remplacé sans porter atteinte aux matériaux et éléments avoisinants (structurels, de parachèvement, de parement…). Le caractère démontable du matériau isolant lui-même est fortement impacté par son mode de fixation. Les montages par collage limitent ce démontage, tandis que les solutions de pose sans recours aux colles (insufflation, fixation mécanique, déversement dans un caisson…) le facilitent.

Aspects socio-culturels

Les risques sanitaires

Certains matériaux isolants font appel à des produits nocifs ou dangereux pour la santé pendant leur cycle de fabrication.  D'autres peuvent avoir un impact sur la santé des travailleurs sur chantier lors de la mise en œuvre (dégagement de poussières, gaz, fibres respirables ou irritantes). Si l'isolant thermique rentre, après sa mise en œuvre, en contact avec l'air intérieur du bâtiment de façon permanente, il peut également présenter un risque pour la santé des occupants (selon le produit).

Auto-construction

Certaines techniques de pose sont, par définition, réservées aux professionnels du bâtiment. D'autres peuvent être réalisées en auto-construction avec plus ou moins de facilité. Des formations techniques existent, permettant aux maitres d'ouvrage de mettre la main à la pâte. Ceci est évidemment réservé aux petits chantiers ou aux chantiers participatifs. Il importe de noter qu'un travail réalisé par un professionnel sera assorti d'une garantie décennale, ce qui n'est pas le cas pour un travail réalisé en auto-construction.

Arbitrage

Performance thermique versus impact environnemental

Le choix des isolants thermiques mis en œuvre doit être mis en lien avec la performance énergétique de l'enveloppe (voir dossier Diminuer les pertes par transmission). Faut-il toujours privilégier un isolant à base de matières premières renouvelables, même si sa performance thermique est (selon les cas) inférieure à l'alternative la plus performante sur le plan thermique? Il n'y a pas de réponse univoque. La seule méthode d'analyse permettant d'objectiver ce choix en toute connaissance de cause est la réalisation d'une analyse du cycle de vie à l'échelle de l'élément de construction au sein duquel l'isolant thermique est positionné (voir dossier Cycle de vie de la matière: analyse, sources d'information et outils d'aide au choix).

En l'absence d'une telle analyse, le principe de base qu'il est conseillé d'adopter est : choisir, à performance égale (thermique mais également mécanique, physique…), l'isolant ayant le plus faible impact environnemental. Voir plus loin dans le présent dossier, sous « Dispositifs », pour les évaluations environnementales sur base d'unités fonctionnelles équivalentes.

Performance acoustique versus performance thermique

Les isolants acoustiques sont généralement dotés d'une bonne performance thermique, mais l'inverse n'est pas forcément vrai. Il importe donc de porter une attention particulière aux propriétés acoustiques des matériaux isolants, et de prendre en compte cette caractéristique lors du choix d'un produit.