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Dossier | Améliorer la gestion des eaux usées sur la parcelle

Améliorer la gestion des eaux usées sur la parcelle

© MichaelGaida / Pixabay.com

Sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, plus de 80% de la pollution de l'eau est liée aux eaux usées domestiques, principalement le rinçage des toilettes pour les logements et les bureaux. La gestion des eaux usées a donc un impact environnemental important (énergie, produits chimiques, pollutions diffuses par infiltration, etc.) qui peut être limité par une gestion alternative des eaux usées sur la parcelle. L'optimisation des réseaux d'évacuation et une épuration in situ pour leur réutilisation ou leur retour dans le cycle de l'eau permettent également de proposer des aménagements paysagers favorisant le développement de la biodiversité sur la parcelle.

Améliorer la gestion des eaux usées sur la parcelle implique une démarche en trois étapes :

  1. Réduire le volume des eaux usées et les pollutions à la source ;
  2. Garantir la qualité des réseaux d'évacuation sur la parcelle ;
  3. Envisager une démarche alternative de gestion des eaux usées dans le cadre de projets spécifiques compte tenu de l'obligation de raccorder ses eaux usées domestiques à l'égout public.

Enjeux

L'épuration des eaux usées

En Région de Bruxelles-Capitale, la toute grande majorité des bâtiments sont reliés au réseau d'égouttage public, lui-même relié aux stations d'épuration collectives (STEP Nord et Sud). Certains bâtiments ne sont cependant pas raccordés au réseau d'égouttage public dans la mesure où leur connexion n'est techniquement ou économiquement pas envisageable ou tout simplement parce que le réseau d'égouttage public est inexistant. Dans ces cas particuliers, une réflexion sur une approche alternative de la gestion des eaux usées devient pertinente.

En RBC, on privilégiera donc toujours la connexion à l'égout public lorsque ce dernier existe et qu'il est accessible. Dans certains cas spécifiques, le traitement alternatif des eaux usées pourra néanmoins être envisagé (projets expérimentaux, impliqués dans une procédure de reconnaissance par un label ou une certification — BREEAM, HQE, etc. — et/ou projets à vocation pédagogique). Il faudra alors veiller à ce que la réponse apportée offre des garanties de performance d'épuration, de suivi, de qualité des eaux rejetées et apporte une plus-value (environnementale ou sociale) ou du moins une qualité épuratoire équivalente aux solutions collectives mises en place.

L'enjeu sera de s'assurer que les eaux usées générées au sein d'une parcelle suivent une filière d'épuration, qu'elle soit collective ou individuelle, permettant de garantir que les eaux rejetées dans l'environnement respectent le milieu récepteur.

Une gestion différenciée des flux 

La conception des réseaux d'évacuation situés sur la parcelle doit être étudiée avec attention, notamment par rapport au rejet d'eaux pluviales dans le réseau d'assainissement collectif. A plus grande échelle, la dilution de la charge polluante à traiter par l'introduction d'eaux claires, dites parasites (par exemple les eaux pluviales), dans le réseau d'égouttage public a pour conséquence de réduire le rendement d'épuration des stations d'épuration collectives et surcharge inutilement le réseau d'égouttage (risque d'inondations).

Avec un réseau d'évacuation unitaire, commun aux eaux domestiques et aux eaux pluviales, les possibilités de réponses aux différents types de pollution et d'une éventuelle réutilisation sont très limitées. La solution consiste donc à mettre en œuvre une gestion différenciée des eaux usées et ainsi :

  • séparer les flux d'eaux usées et des polluants, à la source pour permettre un traitement approprié différencié et une valorisation éventuelle ;

  • mettre en place d'un traitement efficace des eaux usées au plus près de la source afin d'en améliorer l'impact environnemental.

L'enjeu résidera :

  • dans la séparation des flux d'eaux usées, et des polluants, à la source permettant un traitement approprié différencié et une valorisation éventuelle.
  • la mise en place d'un traitement efficace des eaux usées au plus près de la source afin d'en améliorer l'impact environnemental.

Epuration et recyclage des eaux usées

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Sidwell Friends School – Washington, USA (Source : Andropogon Associates)

Démarche

1. Priorité absolue : réduire le volume des eaux usées à traiter à la source

Certaines mesures préalables, comme la mise en place de dispositifs économiseurs d'eau ou l'utilisation de l'eau de pluie pour des usages d'eau non potable, permettent une utilisation plus rationnelle de l'eau potable. Ces mesures sont décrites dans le dossier Faire un usage rationnel de l'eau.

Sur Bruxelles, le réseau unitaire d'assainissement ne permet pas la séparation des flux d'eaux (eaux noires chargées, eaux grises et eaux de pluie). Il est donc intéressant d'envisager des solutions permettant réduire les volumes d'eau, peu ou pas polluée, rejetée.

  • Infiltration des eaux de pluie sur la parcelle
  • Récupération des eaux pluviales
  • Recyclage des eaux grise ‘in situ'

Voir les dossiers Gérer les eaux pluviales sur la parcelle et Faire un usage rationnel de l'eau et Récupérer l'eau de pluie.

2. Réduire les pollutions à la source et séparer les flux d'eaux usées

Si on sépare à la source les polluants avant qu'ils ne contaminent l'eau ou avant qu'ils ne se mélangent entre eux, on réduit la complexité de la pollution à traiter en aval.

Chaque type de pollution est particulier et nécessite une réponse adaptée. Afin d'apporter un traitement le plus adapté possible à la pollution générée, il faudra dissocier au plus tôt les types d'eaux usées et, si possible, les types de polluants selon leur nature et les traiter à la source.

Les réseaux d'évacuation des eaux usées ne doivent pas servir à évacuer des produits susceptibles de nuire au milieu récepteur ou d'entraver le fonctionnement des installations d'épuration collectives ou individuelles situées en aval. Il existe des filières spéciales pour les peintures, les produits chimiques, les huiles de vidange et autres liquides nocifs pour l'environnement tels que l'hypochlorite de sodium (eau de Javel).

La conception d'une gestion alternative des eaux usées doit donc s'efforcer de séparer les flux d'eaux usées de qualités différentes. Cette démarche doit permettre une épuration des flux plus adaptée et plus facile, ce qui nécessitera moins d'énergie ou de produits chimiques pour rendre à l'eau sa qualité.

La séparation des flux doit aussi permettre leur valorisation en fonction de la qualité obtenue :

  • les eaux pluviales : après un prétraitement, elles peuvent être utilisées dans le cycle de consommation pour divers usages (voir le dossier Récupérer l'eau de pluie) ;
  • les eaux grises (eaux de lavage : lavabos, douches, baignoires, machines à laver…) (voir le dossier Faire un usage rationnel de l'eau) ;
  • les eaux noires (eaux vannes : WC). Eventuellement, la séparation des urines et des solides peut encore être réalisée.

On peut éviter de générer des eaux noires ou fécales en mettant en place des toilettes à (pré)compostage qui nécessitent peu ou pas d'eau. On peut aussi envisager dans sa démarche de séparer les urines des fèces avant qu'elles ne se mélangent (toilettes séparatrices d'urines), amenant une pollution nettement moins complexe à gérer et plus facilement valorisable.

3. Garantir la qualité des réseaux d'évacuation privés d'évacuation

Une gestion optimale des flux d'eaux usées ne peut se faire qu'en disposant de réseaux d'évacuation intègres, à savoir, qui soient clairement identifiables, distincts (réseaux séparatifs) et disposant des garanties suffisantes pour éviter des rejets inadéquats ou pour permettre des interventions en cas colmatages.

Par ailleurs, la conception du réseau d'évacuation des eaux usées sur la parcelle doit aussi permettre de s'assurer de l'intégrité et de la pérennité de la fonction de ce réseau sur le long terme : étanchéité, accessibilité et entretien régulier. Bien souvent encore, il est difficile d'identifier les réseaux présents dans un bâtiment ou sur la parcelle et cette situation peut conduire à des pollutions plus ou moins importantes des sols et des réserves d'eau souterraines, par exemple, lors du raccordement malheureux du réseau d'évacuation des eaux usées sur un puits d'infiltration des eaux pluviales.

4. Envisager une gestion alternative des eaux usées

L'épuration des eaux usées ‘in situ' en respectant le milieu récepteur

Dans certains cas bien spécifiques, cette solution sera indispensable pour protéger les écosystèmes et éviter des rejets d'eaux usées non épurées dans l'environnement.

  • Si le site est en zone non égouttée (+/-2 % des bâtiments concernés en Région de Bruxelles-Capitale), l'épuration des eaux usées est obligatoire avant son rejet dans le milieu naturel ;
  • Si le site est en zone égouttée, le raccordement est obligatoire en application des règlements communaux ou de la politique régionale. Néanmoins, la mise en place d'une épuration ‘in situ' plutôt que le renvoi à l'égout est envisageable pour autant que :

    • Une demande de dérogation est obtenue auprès de l'administration communale et/ou régionale. Certaines communes ne disposent pas de prescriptions ciblées sur cette thématique. On se référera alors à la réglementation régionale en vigueur ;
    • Le type de traitement proposé permet d'atteindre des rendements épuratoires au moins aussi bons que ceux de la station d'épuration collective à laquelle se relie l'égout ;
    • La conception de l'installation offre des garanties d'étanchéité du réseau, de suivi et de maintenance régulier et des possibilités de contrôle afin d'assurer la bonne gestion de l'installation dans le temps ;
    • Les contraintes de la parcelle (espace disponible, type de sol, proximité d'un réseau d'eaux de surface, etc.), permettent un rejet en milieu naturel : dans le réseau d'eau de surface et/ou par infiltration ;
    • L'implication de la maitrise d'ouvrage, de la maitrise d'œuvre, etc. est optimale afin de garantir la pérennité de la démarche (risques sanitaires et environnementaux plus importants). La destination du projet (rôle pédagogique, aspect didactique expérimental ou pilote) ou sa certification dans le cadre d'un label (HQE, BREEAM, etc.) participe aussi à garantir l'implication de l'équipe ;
    • Etant donné leur faible pollution, les eaux grises pourront être traitées indépendamment et recyclées (voir le dossier Faire un usage rationnel de l'eau).

Cette approche permet d'aller plus loin dans la démarche de gestion alternative des eaux usées en améliorant le bilan environnemental du projet.

Epuration des eaux usées ‘in situ' via lagunage.

Illustration 3 : Epuration des eaux usées ‘in situ’ via lagunage. Projet bâtiment exemplaire [141- QUAI LEON MONNOYER], Quai Léon Monnoyer 3, 1000 Bruxelles – Source : SCA Architectes Associés

Projet bâtiment exemplaire [141- QUAI LEON MONNOYER], Quai Léon Monnoyer 3, 1000 Bruxelles – Source : SCA Architectes Associés

Ce projet de construction neuve de bureaux, certifié BREEAM, ne dispose pas de réseau d'égouttage à proximité du bâtiment. Le maître d'ouvrage traite donc les eaux usées sur le site. Les eaux grises et fécales sont rejetées dans une fosse septique. Ensuite, les eaux sont filtrées et épurées par un système de lagunage et vont dans un plan d'eau (bassin d'orage). Par débordement, elles finissent leur course dans la Senne qui délimite la parcelle au sud.

Le lagunage aussi appelé phyto-épuration est un élément intéressant sur le site qui permet d'apporter de la biodiversité. Un ponton de bois permettra au visiteur d'accéder au bâtiment en déambulant au-dessus du plan d'eau.

Le recyclage de l'ensemble des eaux usées ‘in situ' 

A la différence de l'épuration des eaux usées dans un but de rejet dans le milieu naturel, la démarche peut intégrer une dimension de réduction des consommations d'eau potable par recyclage des eaux usées. Les eaux sont traitées dans une optique de réutilisation des eaux après épuration pour un usage similaire ou moins contraignant (usage en cascade), en complément de la récupération d'eau de pluie (entretien du bâtiment, des abords et des espaces verts, chasses des WC).

Cette démarche sera pertinente uniquement dans le cadre de projets pilotes, pédagogiques et/ou certifiés (BREEAM, HQE, etc.) pour lesquels l'implication des intervenants doit être maximale.

Epuration des eaux usées ‘in situ' via lagunage

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Projet bâtiment exemplaire ATLANTIS [113], Quai des Péniches, 1000 Bruxelles - Architecte : A2M sprl

Ce projet de construction d'un hôtel flottant passif haut de gamme (4 étoiles) le long du canal se développe selon une démarche pilote visant l'autonomie en eau en valorisant au maximum les eaux provenant du canal et les eaux usées recyclées.

Les eaux usées bénéficient d'un traitement dans une installation d'épuration installé sur la barge (technologie membranaire). L'effluent traité est alors rejeté dans le canal, mais sert aussi de réserve pour alimenter les chasses des toilettes.

Favoriser la biodiversité

Comme pour la gestion des eaux pluviales sur la parcelle (voir dossier Gérer les eaux pluviales sur la parcelle), la gestion alternative des eaux usées peut être exploitée au niveau de la conception des aménagements paysagers. En fonction de la technique d'épuration mise en œuvre, l'épuration alternative des eaux usées peut présenter un intérêt paysager, pour le développement de la biodiversité sur la parcelle, esthétique, et devenir un élément de composition architecturale du bâtiment et de la parcelle.

Château de Modave

?Illustratie 5 – Zoo van Antwerpen, Planckendael - Kasteel van Modave - Bronnen: Art&Build en Eloy Water?

Source : Eloy Water

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mis à jour le 23/11/2016

N° de Code : G_WAT04 - Thématiques : Eau - Thématiques secondaires : Pollution | Déchets | Entretien/Maintenance | Economie circulaire Urbanisme - Composants du projet liés : Eaux usées | Electricité | Abords | Flore | Sol